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HISTOIRE
Souvenirs

Souvenirs… d'enfance !

A mes six ans révolus je suis allé à l'école de Beauvoir dont l'institutrice était madame Berry que connaissais bien puisqu'elle venait souvent aux Loisons, surtout pendant les vacances avec ses grands enfants qui étaient au lycée. Ils venaient chez Suzanne qui faisait ses études pour être institutrice également. J'allais voir tous ces gens qui s'amusaient avec moi. Une fois entré à l'école ça n'était plus la même amitié pour moi, si bien que je ne voulais plus seulement aller à l'école. Comme ma soeur, mon aînée de cinq ans, fréquentait toujours l'école, elle marchait dare dare sur la route. Il faut dire que de  novembre à mai, sur la route, il faisait froid : la pluie, le vent, la neige, la grêle...

Il faut dire qu'à cette époque, nous les enfants, étions mal équipés,culotte courte sans rien dessous: et petit chandail par dessus la chemise, un tablier noir très salissant, des chaussettes, des chaussures ou sabots, un capuchon en drap qui était très lourd quand il était mouillé. C'était lourd et difficile à sécher. Comme dans la classe il y avait un poêle qui mettait deux heures à chauffer et que les porte manteaux étaient au fond de la classe ça sentait le "chien mou ''.Pour allumer le poêle, c'était tout un sacerdoce, avec du papier et des rames de tilleul pas sèches pliées en accordéon et du bois plutôt vert. Sitôt que le feu commençait à chauffer, ceux qui amenaient leur repas ouvraient le dessus du gros Godin pour chauffer leur porte dîner. A midi sur des bancs ils mangeaient autour du poêle puis se chauffaient les pieds. Moi je mangeais chez la maîtresse avec Bernard Vaucher, un Suisse, retenu dans la région pendant la guerre avec la tenue de nos visiteurs de l'époque paraît-il. Dans l'école le poêle étant au milieu avec un tuyau à peu près de niveau, ça ne tenait pas. Puis la porte étant au nord, avec plusieurs centimètres de jour en bas, quand la maîtresse ouvrait sa porte  pour aller dans sa cuisine, quel courant d'air!

A l'école il y avait les petits puis les grands qui avaient treize ans, quatorze ans, presque quinze ans. Que faisaient-ils en récréation? Ils faisaient enrager les petits dont je faisais partie, nous faisaient tomber, jouant à l'homme saoul et tombaient sur nous. Quant  il pleuvait il y avait des flaques d'eau dans la cour, s'ils pouvaient nous faire tomber dedans, ça n'était pas loupé. Dans la cour il y avait deux gros marronniers Quand les feuilles étaient tombées, les grands amenaient une grande ficelle semblant d'une courroie. Un grand faisait la machine à vapeur: deux petits en face, à distance, les bras repliés presque contre la poitrine faisaient tourner leurs mains, imitant le battoir. Deux ou trois grands ramassaient des paquets de feuilles et les mettaient sur les mains de ceux faisant le battoir.

Pas besoin de demander l'état de propreté de ceux faisant la batteuse! Les grandes filles venaient nous défendre, ma soeur puis Odette. Les grands leur disaient: ''quoi qu'ça peut vous faie vous les parisiennes".

Il faut dire que madame Berry n'avait pas beaucoup d'emprise sur ces grands idiots là. Puis comme elle était seule, il fallait qu'elle s'absente quand passaient le boucher et le boulanger. Quand l'absence était pendant la classe, alors là, quel chahut dans l'école! Pierre Chevalier sautait sur le bureau et faisait des cours au tableau, de la pantomime lorsqu'il entendait la maîtresse rentrer à la cuisine. Il sautait d'une table à l'autre, tout volait, les crayons, ardoises, porte, plumes ; la maîtresse disait "ou es-tu Chevalier ?" il répondait" j'suis là m'dame" il était au fond de la classe. Lui, il était chahuteur, pas de méchanceté, il faisais pas enrager les petits. Tous les soirs il était retenu; un moment d'inattention de la  maîtresse et il avait fait le mur. Une fois, la maîtresse étant dans la cour ,comme nous étions plusieurs à rester à l'école du soir ,madame Berry croyant Pierre dans la classe, que voyons nous? Le fourgon Unic du père Houchot passant vers l'école direction l'Epinoy, Pierre au volant. La maîtresse disait ''je ne le dresserai jamais, mais il est bon gamin'' Plusieurs fois la maîtresse, pendant le silence de la classe, disait ''où est ce maudit chat qui miaule?''. Comme il apprenait à jouer du violon, Pierre avait tendu une corde de violon sur un double centimètre qu'il frottait dans la case de sa table, ça imitait le chat miaulant, nous ça nous faisait rigoler en douce!!

Jean Baptiste CANCALON